Réfugiés Syriens par Freedom House via Flickr CC

Réfugiés Syriens par Freedom House via Flickr CC

Chacun d’entre nous a sa propre conception de la souffrance. Certains souffrent parce qu’ils ne trouvent pas de quoi nourrir leurs enfants, d’autres souffrent parce qu’ils n’ont pas suffisamment d’argent pour acheter un iPhone 6. Une femme souffre car son fils est tué par des terroristes alors qu’une autre souffre pour l’apparition des premières rides. Un enfant souffre parce qu’il est seul dans la cours de l’école alors qu’un autre souffre parce qu’il est seul dans le monde.

La souffrance est un phénomène très dépendant de la zone géographique dans laquelle on se situe.

« La coupe des souffrances n’a pas la même taille pour tout le monde » Paulo Coelho

Pour moi, la souffrance c’est voir les infos, voir les guerres civiles qui déchirent les pays, voir les terroristes qui tuent des innocents, voir les autres souffrir alors que je suis incapable de les aider.

D’habitude je ne tarde pas trop sur les infos qui concernent tout se qui se passe en Syrie. Ce n’est pas par insouciance mais parce que je n’arrive pas et je n’arriverai jamais à croire que la révolution en Syrie s’est transformée en un cauchemar et que les corbeaux ont noircit le ciel bleu du « Bilad el-Cham ». Je veux toujours garder cette image en couleur de « Damas », « Alep » et « Tartous ». Ces villes que je n’ai jamais visitées mais que j’ai tant rêvé de visiter…

Un soir, sans vouloir, je me suis tardée sur cette mauvaise nouvelle :

Faute de fonds, le programme alimentaire mondial des nations unies, a suspendu sa livraison de bons d’alimentation à 1,7 million de réfugiés syriens. Des conséquences catastrophiques sont à prévoir, surtout au Liban et en Jordanie où l’hiver est rude et les enfants sont pieds nus.

Sans me rendre compte, j’ai commencé à voir les photos des réfugiés une à une, d’une manière automatique, alors que je suis bien au chaud, dans ma chambre, dans mon quartier tranquille, alors que je suis en train de boire un café turc préparé par ma mère…..

Ces photos ont eu l’effet d’un choc existentiel pour moi. Pour la première fois de ma vie, j’ai quitté ma chaise de spectatrice et je me suis imaginée la-bàs dans des camps des réfugiés. Je me vois affamée, les pieds nus, sans parents, sans pays…

Je me suis imaginée, au cœur de l’évènement alors que des gens affectueux et sensibles, comme moi, mettent des « like » et partagent mes photos… Et pour préciser, ces gens continuent après leurs vies tranquillement, comme moi d’ailleurs…

Ces quelques instants vécus à l’autre bout de la réalité m’ont appris une chose très simple : la souffrance c’est le fait d’être un réfugié mais tout le reste ce n’est pas de la souffrance.

Ces instants imaginés dans un camp des réfugiés m’ont appris comment savourer la vie, comment voir ma vie à travers un autre angle. Ce changement de rôle m’a appris à savourer chaque lettre en prononçant les mots « MA mère » ou « MON pays », « MA chambre », etc. Ces instants m’ont appris à adorer mon pays, le fait d’avoir un toit et un repas. Ce changement de rôle m’a appris à profiter de la vie.

Ceux qui souffrent pour une rupture amoureuse,  pour un échec professionnel, pour la perte d’un proche, pour être seul, je vous dis et alors c’est rien vous n’êtes pas un réfugié.

La souffrance c’est avoir comme seul but dans la vie, la survie et rien que cela. La souffrance c’est voir son pays se détruire alors que tout le monde observe. La souffrance c’est être un numéro dans le nombre des réfugiés. La souffrance c’est être un réfugié alors qu’un jour on était un citoyen.

Etre un réfugié c’est une souffrance longue, sans trêve et sans même la consolation de savoir pourquoi on souffre.

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